Ouvre
Ouvre les yeux, réveille-toi
;
Ouvre l'oreille, ouvre ta porte
:
C'est l'amour qui sonne et
c'est moi
Qui te l'apporte.
Ouvre la fenêtre à
tes seins ;
Ouvre ton corsage de soie ;
Ouvre ta robe sur tes reins
;
Ouvre qu'on voie !
Ouvre à mon cœur
ton cœur trop plein :
J'irai le boire sur ta bouche
!
Ouvre ta chemise de lin :
Ouvre qu'on touche !
Ouvre les plis de tes rideaux
:
Ouvre ton lit que je t'y traîne
:
Il va s'échauffer sous
ton dos.
Ouvre l'arène.
Ouvre tes bras pour m'enlacer
;
Ouvre tes seins que je m'y
pose ;
Ouvre aux fureurs de mon baiser
Ta lèvre rose !
Ouvre tes jambes, prends mes
flancs
Dans ces rondeurs blanches
et lisses ;
Ouvre tes genoux temblants...
Ouvre tes cuisses !
Ouvre tout ce qu'on peut ouvrir
:
Dans les chauds trésors
de ton ventre
J'inonderai sans me tarir
L'abîme où j'entre.
de Chambley (Haraucourt)
Pierre Perret a interprété
ce poème
Désir
Elle est lasse, après
tant d'épuisantes luxures.
Le parfum émané
de ses membres meurtris
Est plein de souvenirs des
lentes meurtrissures
La débauche a creusé
ses yeux bleus assombris.
Et la fièvre des nuits
avidement rêvées
Rend plus pâles encor
ses pâles cheveux blonds.
Ses attitudes ont des langueurs
énervées.
Mais voici que l'amante aux
cruels ongles longs
Soudain la ressaisit, et l'étreint,
et l'embrasse
D'une ardeur si sauvage et
si douce à la fois,
Que le beau corps brisé
s'offre en demandant grâce,
Dans un râle d'amour,
de désirs et d'effrois.
Et le sanglot qui monte avec
monotonie,
S'exaspérant enfin de
tant de volupté,
Hurle comme on hurle aux moments
d'agonie,
Sans espoir d'attendrir l'immense
surdité.
Vivien
P.P.C
Connin, bijou sans prix finement
ciselé,
Un soir, par quelque fée
experte japonaise,
Fleur de vie ou de mort pour
l'homme ensorcelé
A ses fraîcheurs d'aurore,
à ses feux de fournaise.
Fruit de chair, pulpe exquise
et dont l'accent amer
(Ce rappel de l'arôme
étonnant où la brise
Pimente son haleine en passant
sur la mer)
Vaut tous les poivres-longs
sous le duvet qui frise.
Calice aux vins puissants et
magiques dont nous
Ne devons approcher qu'en extase,
à genoux,
Sans en faire rougir les roseurs
d'aubépine.
Car la langue, elle seule, y
doit servir d'amant,
Avec le doigt, sans ongle et
mouillé prudemment.
Le cul n'est-il pas là
pour y fourrer sa pine ?
Hannon
Le balcon
La très chère
était appuyée
Au balcon à trèfles
pesants,
Regardant passer les passants,
Distraite, et la mine ennuyée.
A pas de loup je m'avançai.
Sous les neigeuses cascatelles
Des entre-deux et des dentelles,
Une main tendre je glissai...
Mes doigts plongèrent
dans du rose :
S'envola son humeur morose.
Elle bavarda folle, puis
La très chère
alors devint coite.
Et je retirai ma main moite...
Point ne me suis lavé
depuis !
Hannon
Julie ou la rose
Ah faites-moi feuille de rose
Prenez pitié en mon
aveu
C'est une langue que je veux
C'est mon cul que je vous propose
Mon cul s'éveille au
souvenir
D'une inoubliable caresse
Que m'enseigna une négresse
dans un hôtel rue d'Aboukir
J'avais seize ans et des torsades
La noire me jugeant à
point
Régala mon cul d'un
shamppoing
Plus savoureux qu'une enculade
Je porte aujourd'hui les cheveux
Roulés en chignon sur
la nuque
Mais j'aime encore qu'on me
trouduque
Car j'ai le sphincter très
nerveux
Et j'ai gardé trè
peu de hanches
Afin de pouvoir exhiber
Le tralala le plus bombé
Des tralalas que l'on emmanche
Et mon anus est pour le doigt
Une merveilleuse alliance
Mais tu n'es pas bègue
commence
Par le baiser que tu me dois
Je sens que ta langue pénètre
Et je décharge ô
mon joli
Dufayel paierait cher peut-être
Pour voir ce qu'on fait dans
son lit.
Apollinaire
Je t'aime, ô mon amant
Ma chair émue garde
le souvenir de ton baiser
Baiser doux et subtil, tendre
et profond
J'ai la hantise de ta chair
pénétrant ma chair
Tu m'as fait tienne
J'ai nié le pouvoir
de la chair
Blasphème !
Ô chair, divine chair
Sois bénie
Je me sens lasse
Délicieusement lasse
Je niais la volupté,
Ô crime, je t'avais reniée,
ô volupté !
Je te célèbre
aujourd'hui sur le mode majeur et sur le mode
mineur
Ce soir je renais à
l'amour
Vibration divine
Je me sens lasse, infiniment
lasse
De la bonne fatigue,
De la fatigue sacrée
J'ai reçu le baiser
de la communion
Et bu l'eau du baptême
Je suis ivre d'amour
Ton baiser savant et répété
A fait sourdre des profondeurs
de mon être
Où il croyait pour toujours
sommeiller,
Le désir ancestral des
faunesses,
Ah! verse-moi, verse-moi l'ivresse
Prends-moi, prends-moi toute
en ta caresse
De nos corps confondus s'élève
une odeur de folie
Tes baisers ont fait chanter
toutes les cordes
de mon corps tendues comme
une harpe
Et je m'ouvre en un suprême
appel
Pour recevoir l'offrande de
ton amour
Denyse de Magny
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