Les
promesses d'un visage
J'aime, ô pâle beauté,
tes sourcils surbaissés,
D'où semblent couler
des ténèbres ;
Tes yeux, quoique très
noirs, m'inspirent des pensers
Qui ne sont pas du tout funèbres.
Tes yeux, qui sont d'accord
avec tes noirs cheveux,
Avec ta crinière élastique,
Tes yeux, languissamment, me
disent : "Si tu veux,
Amant de la muse plastique,
Suivre l'espoir qu'en toi nous
avons excité,
Et tous les goûts que
tu professes,
Tu pourras constater notre
véracité
Depuis le nombril jusqu'aux
fesses ;
Tu trouveras au bout de deux
beaux seins bien lourds,
Deux larges médailles
de bronze,
Et sous un ventre uni, doux
comme du velours,
Bistré comme la peau
d'un bonze,
Une riche toison qui, vraiment,
est la soeur
De cette énorme chevelure,
Souple et frisée, et
qui t'égale en épaisseur,
Nuit sans étoiles, Nuit
obscure !"
Beaudelaire
Ce qu'il me faut
Chantez, chantez encore, rêveurs
mélancoliques,
Vos doucereux amours et vos
beautés mystiques
Qui baisent les deux yeux
Des paroles du cœur, vantez-moi
la puissance,
Et la virginité des
robes d'innocence,
Et les premiers aveux.
Ce qu'il me faut à moi,
c'est la brutale orgie,
La brune courtisane à
la lèvre rougie
Qui se pâme et se tord
;
Qui s'enlace à vos bras
dans sa fougueuse ivresse,
Qui laisse ses cheveux se dérouler
en tresse,
Vous étreint et vous
mord !
C'est une femme ardente autant
qu'une espagnole,
Dont les transports d'amour
rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C'est une passion forte comme
la fièvre,
Une lèvre de feu qui
s'attache à ma lèvre
Pendant Une nuit !
C'est une cuisse blanche à
la mienne enlacée,
Une lèvre de feu d'où
jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins,
Fruits d'amour arrondis par
une main divine,
Qui tous deux à la fois
vibrent sur la poitrine,
Qu'on prend à pleines
mains.
Eh bien ! venez encor me vanter
vos pucelles
Avec leurs regards froids,
avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau
;
Qui n'osent d'un seul doigt
vous toucher, ni rien dire,
Qui n'osent regarder et craignent
de sourire,
Ne boivent que de l'eau.
Non ! vous ne valez pas, ô
tendre jeune fille,
Au teint frais et si pur caché
sous la mantille,
Et dans le blanc satin,
Non, dames de grand ton, en
tout, tant que vous êtes,
Non, vous ne valez pas, femmes
dites honnêtes,
Un amour de catin !
de Musset
M'aimez-vous ?
Vous êtes si jolie !
Laissez-moi
Vous regarder, Julie
Sans effroi ;
Vos regards, que j'appelle,
Sont si doux !
Je vous aime, cruelle ;
M'aimez-vous ?
Vos cheveux que je presse,
Sont si longs !
Vos bras, que je caresse,
Sont si ronds !
Et vos petits doigts roses,
Entre nous,
Promettent tant de choses...
M'aimez-vous ?
Col blanc, taille mignonne,
Que d'appas !
Vous devez être bonne,
N'est-ce pas ?
Laissez tomber ces voiles
Si jaloux...
Ciel ! je vois les étoiles
!
M'aimez-vous ?
Ce beau sein sur ma bouche,
Qu'il est pur !
Ce bouton que je touche,
Qu'il est dur !
Ah ! laissez moi descendre
Au-dessous ;
Laissez-moi vous surprendre...
M'aimez-vous ?
Richesses inconnues
Je vous vois !
Vos beautés toutes nues
Sont à moi !
Poussons, poussons, ma mie,
Les verrous ;
Je souffle la bougie...
M'aimez-vous ?
Aidez-moi, ma petite...
C'est cela...
Plus doucement... Plus vite...
Halte là !
Au diable soit... courage...
La vertu !
Ah ! ah ! déjà
! je nage...
M'aimes-tu ?
Nadaud
Invitation à la minette
Ton con suave, ton con rose,
Sous une forêt de poils
blonds,
Doux, frisés, parfumés
et longs,
A l'air d'une lèvre
mi-close,
Lèvre excitant les appétits
De ma lèvre très
curieuse,
D'où tant de baisers
sont partis ;
Une langue mystérieuse
Sort de ce con, et vient chercher
La mienne, pour gamahucher.
Glatigny
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