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Anne, je vous en supplie, à baiser
apprenez,
A baiser apprenez, Anne, je vous supplie,
Car parmi les plaisirs qu'en amour on publie,
Les baisers sont divins quand ils sont
bien donnés.
Je suis, et comme moi plusieurs sont étonnés,
Ayant ainsi la bouche en beauté
accomplie,
Et de si bonne odeur l'ayant ainsi remplie,
Qu'à baiser un peu mieux vous ne
vous adonniez.
Ce n'est pas tout d'être ensemble
bec à bec,
Les lèvres se pressant d'un baiser
toujours sec,
Il faut que l'une langue avec l'autre s'assemble,
Ores à son ami doucement la donnant,
Ores à son ami doucement la prenant,
La suçant, étreignant at mordant
tout ensemble
De Magny
... J'ai en amours trouvé
cinq points exprès :
Premièrement, il y
a le regard,
Puis le parler, et le baiser
après ;
L'attouchement le baiser suit
de près,
Et tous ceux-là tendent
au dernier points,
Qui est, et quoi ? Je ne le
dirai point :
Mais s'il vous plaît
en ma chambre vous rendre,
Je me mettrai volontiers en
pourpoint,
Voire tout nu, pour le vous faire
apprendre.
Marot
Baise m'encor, rebaise-moi et baise
:
Donne m'en un de tes plus savoureux,
Donne m'en un de tes plus amoureux
:
Je t'en rendrai quatre plus chauds
que braise.
Las, te plains-tu ? ça que
ce mal j'apaise,
En te donnant dix autres doucereux.
Ainsi mêlant nos baisers
tant heureux
Jouissons nous l'un de l'autre
à notre aise.
Lors double vie à chacun
en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque
folie :
Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moi ne fais quelque
saillie
Tout aussitôt que je commence
à prendre
Dans le mol lit le repos désiré,
Mon triste esprit hors de moi retiré
S'en va vers toi incontinent se
rendre.
Lors m'est avis que dedans mon
sein tendre
Je tiens le bien où j'ai
tant aspiré
Que de sanglots ai souvent pensé
fendre.
Ô doux sommeil, ô nuit
à moi heureuse !
Plaisant repos, plein de tranquillité,
Continuez toutes les nuits mon
songe ;
Et si jamais ma pauvre âme
amoureuse
Ne doit avoir de bien en vérité,
Faites au moins qu'elle en ait
en mensonge.
Labé
Blason du beau tétin
Tétin refait, plus
blanc qu'un oeuf,
Tétin de satin blanc
tout neuf,
Tétin qui fait honte
à la rose,
Tétin plus beau que
nulle chose,
Tétint dur, non pas
tétin, voire,
Mais petite boule d'ivoire,
Au milieu duquel est assise
Une fraise, ou une cerise,
Que nul ne voit, ne touche
aussi
Mais je gage qu'il est ainsi.
Tétin donc au petit
bout rouge,
Tétin qui jamais ne
se bouge,
Soit pour venir, soit pour
aller,
Soit pour courir, soit pour
baller.
Tétin gauche, tétin
mignon,
Toujours loin de mon compagnon,
Tétin qui porte témoignage
Du demeurant du personnage.
Quand on te voit, il vient
à maint
Une envie dedans les mains
De te tâter, de te
tenir;
Mais il se faut bien contenir
D'en approcher, bon gré
ma vie,
Car il viendrait une autre
envie.
Ô tétin ni grand,
ni petit,
Tétin mûr, tétin
d'appétit,
Tétins qui nuit et
jour criez :
"Mariez-moi tôt,
mariez !"
Tétin qui t'enfle,
et repousses
Ton gorgerin de deux bons
pouces,
A bon droit heureux on dira
Celui qui de lait t'emplira,
Faisant d'un tétin
de pucelle
Tétin de femme entière
et belle.
Marot
En quelle nuit, de
ma lance d'ivoire,
Au mousse bout d'un
corail rougissant,
Pourrai-je ouvrir
ce bouton languissant,
En la saison de sa
plus grande gloire ?
Quand verserai-je,
au bout de ma victoire,
Dedans sa fleur le
cristal blanchissant,
Donnant couleur à
son teint pâlissant,
Sous le plaisir d'une
longue mémoire ?
Puisse elle tôt
à bonne heure venir,
Pour m'engraver un
joyeux souvenir,
Tardant si peu de
son cours ordinaire
Qu'elle voudra l'ombre
noire qui la suit,
Car de la nuit le
clair jour je puis faire,
Et du clair jour l'ombreuse noire
nuit.
Jodelle
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